Ancien chercheur en économie, ostréiculteur, voyageur et âme éprise de nature, Pierre-Antoine Guillotel nous convie à une exploration intime de son parcours, un chemin qui l’a mené des couloirs feutrés de la finance aux vastes horizons des grands espaces.
Après la sortie de son livre Ísland, L’appel du 66° Nord et à l’occasion des 10 ans des RDV de l’Aventure, il partage avec nous ses expériences, ses étreintes silencieuses avec la nature et ce qui, au fond, nourrit son esprit et sa quête de sens.
Entre poésie et immersion, ses récits nous transportent au-delà des frontières de l’ordinaire, là où l’homme se confronte à la grandeur sauvage du monde.

Pierre-Antoine Guillotel, dans le Jura pour présenter son épopée en Islande,
aux éditions Transboréal. ROMAIN ENTAT
Romain ENTAT : Ce qui vous pousse, encore aujourd’hui, à partir à l’aventure ?
Pierre-Antoine GUILLOTEL : L’écriture m’a toujours accompagné, depuis mon enfance, où j’écrivais déjà de la poésie. Mais c’est un événement particulier, une rencontre avec la mer en Australie, qui a vraiment éveillé en moi le désir de raconter.
Avant cela, je vivais dans le monde de la finance, un monde qui ne m’appartenait pas, déconnecté de mes aspirations les plus profondes. J’ai un jour pris une décision radicale : tout quitter. Ce voyage en Australie, ce changement de cap en devant marin-pêcheur, a été un véritable déclencheur. Puis, il y a eu cet accident, ma chute d’une falaise qui m’a laissé en fauteuil roulant. Une épreuve. Je me suis alors plongé dans des récits de figures qui m’inspiraient tant et me poussaient à avancer. Quand on est face à la fragilité de la vie, on prend conscience de l’importance de la quête de sens.
Je me suis aussi souvenu de cette fascination pour la nature qui m’habitait depuis mon enfance, en Bretagne, où la mer et ses paysages m’invitaient sans cesse à la contemplation.
Depuis mes 13 ans, L’Appel de la Forêt de Jack London m’a poussé à rêver d’aller au-delà du 66e parallèle. Ce rêve, ancré dans le désir de m’immerger dans des espaces sauvages et intacts, s’est concrétisé un jour en Islande.
Quel a été le moment le plus marquant – ou transformateur – de votre parcours ?
Il y a eu beaucoup de moments marquants, bons comme difficiles. Mais ce qui reste gravé en moi, ce sont ces instants de silence face à des paysages à couper le souffle. L’immensité des fjords, la solitude des lieux, la beauté brute de la nature… Parfois, ce n’est pas l’aventure elle-même, mais la lenteur, le temps pris pour observer, qui m’a révélé la véritable essence des lieux.
J’avais un itinéraire mais j’ai suivi la trace des lagopèdes, des corbeaux, me laissant guider par l’instinct. Ce fut une expérience profondément intime. Une autre rencontre m’a particulièrement marqué : celle d’un renard polaire, un moment suspendu où les frontières entre l’humain et l’animal s’effacent.
Cette sensation d’humilité, de fragilité, c’est ça l’aventure pour moi : une quête de sens et de beauté, une quête de liberté.
Quel message espérez-vous transmettre à travers votre livre et vos aventures ?
Avec Ísland, je partage une expérience personnelle : ce que la nature m’a appris, à savoir la beauté des choses simples, l’importance de l’introspection. Marcher pendant 144 jours en Islande, avec un matériel qui n’était pas de dernière génération, m’a fait prendre conscience que le vrai luxe réside dans les petites choses : un refuge avec un poêle, un verre d’eau quand la soif nous tenaille, le plaisir simple de voir un panorama…
L’aventure, pour moi, est à la fois intérieure et extérieure. Elle a une part de risque, que j’évoque dans le livre et qui la sublime. Elle nous transforme, nous rend plus sensibles à la beauté fragile du monde.
Le bonheur, c’est cette quête de liberté, ce lien profond avec la nature qui nous nourrit et qui nous fait sentir pleinement vivants.
Ísland, L’appel du 66° Nord, Pierre-Antoine Guillotel, Transboréal, 272 pages, 2024.
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Reportage pour Les RDV de l’aventure
